Synopsis

Au travers d'un vécu et d'une histoire familiale personnels, ce blog relate les nombreuses difficultés pratiques et barrières juridiques dressées par l'État polonais afin d'empêcher, contrairement à ses engagements internationaux, toute restitution ou indemnisation des biens immobiliers ayant appartenu aux familles de victimes des persécutions nazies (ghetto et génocide), et dont la spoliation instituée par le régime communiste n'en finit pas (la photo ci-dessus, prise en juin 2014, représente l'immeuble familial spolié, situé au centre de Lódz, à l'angle des rues Prezydenta Gabriela Narutowicza 14 et Wschodnia 69).

À l'origine


L'histoire que je vais vous raconter est celle de mes origines et plus particulièrement de mes grands parents paternels d'origine polonaise qui ont grandi à Bialystok, se sont mariés à Varsovie, puis se sont installés à Lódz, ville se trouvant à une centaine de kilomètre à l'ouest de Varsovie, connue à l'époque pour ses importantes fabriques de textile depuis le début du vingtième siècle.


Hersz Lubicz
Mon grand-père s'appelait Hersz Lubicz et ma grand-mère Sonia Wiluzanska. Hersz exerçait la profession de médecin, comme la plupart de ses frères. Sonia donna naissance à un fils, prénommé Willy, né le 6 juillet 1930 à Lódz, et qui par la suite devint mon propre père.

La Pologne acquit son indépendance au terme de la première guerre mondiale, disputée qu'elle fut jusqu' alors par les puissantes nations qui l'entouraient, soit la Russie et l'Allemagne.

Lors de la montée du nazisme au début des années trente et de l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler, les puissances européennes avaient de bonnes raisons de craindre les visées expansionnistes de l'Allemagne. Le 30 septembre1938, les accords de Munich signés avec la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne devaient apaiser ces craintes définitivement, moyennant quelques concessions faites à l'Allemagne comme l'annexion de l'Autriche et des Sudètes (partie germanophone de l'ancienne Tchécoslovaquie).

La Pologne de prime abord n'avait rien à craindre des enjeux d'alors.



Sonia Lubicz
Au printemps 1939, après plusieurs années de résidence à Lódz, mes grands-parents acquirent l'immeuble photographié en entête. Il pensait ainsi investir et contribuer à la prospérité de de leur ville.

Mais, la stabilité politique obtenue par les accords de Munich ne fut hélas qu'un court répit, puisque dans le plus strict secret, la Russie et l'Allemagne conclurent le 23 août 1939 un pacte de non agression en vue de se partager certaines pays limitrophes au nombre desquels figurait la Pologne.

Fort du pacte germano-soviétique de non agression, l'Allemagne s'autorisa à envahir la Pologne, occupant la majeure partie de son territoire dès le 1er septembre 1939 et provoquant simultanément le commencement de la seconde guerre mondiale.

En Pologne, pour les familles de confession judaïque, cette agression retentit comme un coup de tonnerre dans un ciel sans nuage.




 
L'avenue principale Piotrkowska au centre de Lódz dès septembre 1939
Très vite, la ségrégation religieuse contre les juifs fut progressivement mise ne place par l'occupant.

Visionnez l'excellent documentaire sur la persécution des juifs à Lódz et son ghetto créé dès avril 1940 (nommé par les nazis Litzmannstadt Ghetto), publié par The Jewish Heritage Projet et réalisé par Alan Adelson et Kate Taverna.





Au printemps 1940, mes grands-parents décident de tout abandonner et de quitter la Pologne. D'abord, ils se rendent à Trieste. Dans un premier temps, Hersz a l'espoir de se rendre en France en tant que citoyen polonais et d'y exercer sa profession de médecin. Mais, l'armistice signé par le Maréchal Pétain avec l'Allemagne le 17 juin 1940 anéanti toute possibilité d'immigrer en France.


reproduction figurant dans le musée d'Auschwitz


C'est ainsi qu'en tant que famille juive exilée, mes grands-parents décident d'immigrer en Palestine. Ils déclarent leur nouveau domicile officiellement auprès du consulat de Pologne à Tel-Aviv en 1946.

Les accords de Yalta en 1945 scellent définitivement le sort de la Pologne qui par la suite n'aura pas d'autre choix que de subir l'influence soviétique (U.R.S.S.) et d'adhérer au bloc communiste.

En Palestine, la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël a entraî de plein droit la naturalisation automatique de mes grands parents et de mon père dès l'année 1952.

Sonia décéda en 1951 à l'âge de 45 ans. Hersz mourut dix ans plus tard.

Tous deux sont inhumés côte-à-côte au cimetière de Kiryat Shaul, au nord de Tel-Aviv.

Hersz était membre d'une fratrie de cinq, soit une sœur et trois frères prénommés respectivement Fania, Salomon, Samuel et Josef. La guerre scella leur sort encore plus tragiquement : Fania fut déportée dans le camp d'extermination de Treblinka; Salomon et Samuel moururent dans le ghetto de Lódz et Josef émigra en Russie où il fut victime des pogroms.

Dès 1951, mon père quitta la Palestine pour se rendre à Genève afin d'y accomplir des études de médecine. Il y connut ma mère. Ma naissance survint en 1960.

Aux yeux des autorités helvétiques, la situation politique de l'époque (conflit au proche orient et rideau de fer avec les pays de l'Est) conférait à mon père un statut administratif particulier à tel point que lors de ma naissance, je dus prendre la nationalité française de ma mère.

Willy Lubicz

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